A quoi bon courrir après l’argent?
Les indicateurs de richesse ne sont pas des indicateurs de bonheur; le produit intérieur brut ne reflète ni le bien être, ni n’intègre les paramètres environnementaux. Les pays les plus pollueurs sont aussi ceux qui possèdent le plus grand PIB par habitant (à l’instar des Etats Unis, du Japon et de l’Union Européenne). C’est la raison pour laquelle des indicateurs comme l’indice de développement humain ont été élaborés. Néanmoins, cet indice est imparfait car il se réfère à des critères purement quantitatifs (revenus, espérance de vie etc…) et oublie naturellement la notion de bonheur ou de bien être.
Un vieil adage dit « l’argent ne fait pas le bonheur », c’est aussi ce que semble indiquer le Happy Index Planet. Ce classement étudie la perception qu’ont les gens de leur vie et évalue le bonheur ressenti dans leur pays respectif. Surprise, il semble que les pays où on se dit le plus heureux ne sont pas les plus riches, ni ceux dont l’espérance de vie est la plus forte.
Je vois déjà venir les petits malins dire: bienheureux les pauvres car ils ont moins de soucis que les riches. Faux. Car la pauvreté n’est pas un critère de bonheur au vu du classement.
Par contre, ces études offrent une vision précieuse sur le fait que le bonheur ne trouve pas sa racine dans la sur-abondance. Qu’en conclure?
Que dans son modèle de développement, le modèle de société occidental cultive les paradoxes.
A l’heure où globalement les fruits du progrès sont inégalement répartis sur la planète, souvent nous occidentaux, affichons des réticences à vouloir partager, ou donner. Nous rechignons à donner aux autres pour des motifs individualistes, et qui ne nous apportent qu’un plaisir momentané. Nous travaillons pour conserver des choses et un mode de vie globalement impropre à nous apporter le bien être.
Certes, il faudrait que dans nos pays, en France, en Angleterre ou aux États Unis, la répartition se fasse un peu plus du haut vers le bas et du Nord ver le Sud mais il ne faut pas se leurrer. Procédons a un petit calcul:
le PIB mondial est de 60 000 milliards de dollars par an. Rapporté à la parité du pouvoir d’achat (PPA), c’est-à-dire au niveau de vie relatif par pays, on obtient un PIB par habitant de 9000 dollars, ce qui signifie 750 dollars par mois par habitant, donc à peu près 535 euros par mois. Rappelons que le seuil de pauvreté par habitant est d’environ 800 euros.

Ainsi, même si nous répartissions via des mécanismes de transfert l’ensemble des richesses mondiales, nous serions, selon les critères les plus communément acceptés, TOUS PAUVRES.
Alors cela doit nous amener à 3 conclusions:
- que le libéralisme et le modèle de société occidental n’apporte pas le bonheur
- qu’il s’appuie sur un mode de développement de croissance infinie dans un monde aux ressources finies (fin du pétrole, déforestation, bio-diversité en péril etc…)
- que répartir du jour au lendemain toutes les richesses du monde n’apporterait pas d’autre chose que d’être tous pauvres
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Pauvre oui, au sens économique du terme, mais en terme de bonheur? Si le bonheur ne se mesure pas à la richesse il se mesure à la faculté d’une société à se reconnaître dans un système collectif, cohérent, homogène et solidaire.“Vivre plus simplement pour que d’autres puissent simplement vivre”, disait Gandhi.
Oui à l’éducation pour tous, oui pour que tous mangions à notre faim, oui au partage.
Rien ne pourra apporter le bonheur si nous ne renonçons pas quelque part à une illusoire et égoïste abondance matérielle, au profit d’un monde plus généreux et plus spirituel.
« Il n’y a de richesse que d’hommes » écrivait Jean Bodin au XVIième siècle. Et c’est s’est sans doute notre seule et véritable richesse, celle à cultiver.


